Par Dr Magali Bourrel Bouttaz — dermatologue, membre du GET (groupe d’éducation thérapeutique dans l’eczéma). À propos
L'eczéma n'est pas d'origine psychosomatique, alors que stress, fatigue, manque de sommeil, insécurité ou difficultés relationnelles sont autant de facteurs déclencheurs de poussées d’eczéma. Comprendre la différence entre la cause de l’eczéma (La peau atopique) et ses conséquences psychologiques permet d’éviter de nombreuses confusions. Cette page est rattaché à la page principale : 👉Vivre sans subir
Sommaire de cette page : l'eczéma est-il psychosomatique?
L'eczéma qui réagit aux stress et qui prend la tête, c'est forcément psychosomatique? Le danger est de désigner le stress comme étant la cause, l'origine de l'eczéma, ce qui correspondrait à la définition du psychosomatique. Non l'origine de l'eczéma, c'est la peau atopique. En revanche l'eczéma a tellement d'impacts, de répercussions psychologiques dans la vie, que le patient en vient à se sentir en insécurité, en fragilité émotionnelle, en manque de confiance en lui. L'eczéma est une maladie qui prend la tête et qui met le patient à fleur de peau. Les conjoints des patients savent très bien à quel point l'eczéma peut les rendre nerveux. La fragilité émotionnelle est la conséquence, non la cause. Confondre cause et conséquence est une erreur fréquente.
Vous pouvez approfondir la question de👉 l'eczéma nerveux.
La fragilité émotionnelle a deux sources : d'abord la peau, puis le regard des autres, sans oublier le manque de sommeil qui vous met à fleur de peau ...
La peau devrait participer à la construction de la sécurité intérieure. Mon travail sur les dessins d'enfants fait émerger l'hypothèse que l'inflammation, les protéines de l'inflammation, les cytokines inhibent la fonction du toucher émotionnel de la peau, lequel est indispensable dans la construction identitaire de l'enfant. Construction identitaire déficiente alimente l'insécurité, la fragilité.
Un enfant qui dessine parle de lui, que de lui. Il raconte qui il est avec son eczéma, et qui il serait s'il n'en avait pas. Certains sont amputés, d'autres sont tristes.
Pour en savoir plus, rendez vous à la page : 👉 dessine toi avec et sans eczéma.
Le regard des autres est peut-être la pire des souffrances. Le patient ne se sent pas reconnu dans sa détresse. Le regard des autres, c'est l'école, la famille, les soignants, les médias... Lui qui a besoin de sécurité, il ne ressent qu'abandon et solitude.
Voir la page : 👉 l'eczéma et le regard des autres
Manque de sommeil et sommeil non réparateur sont le lot des patients atteints d'eczéma. Le point sur ce sujet est fait sur la page : 👉eczéma et sommeil.
Ce besoin de sécurité peut se révéler sous plusieurs formes dont deux très fréquentes :
Les moments de stress qui déclenchent des poussées d'eczéma sont rapidement circonscrits à des champs bien particuliers : les moments de séparation. Il n'est pas "anormal" de ressentir de l'anxiété, de l'inquiétude dans les moments de changement de vie. Ce qui est particulier chez les patients atteints de dermatite atopique, c'est :
Exemple : une jeune fille très fusionnelle à sa mère, se culpabilise de partir vivre avec son compagnon, c'est à dire de quitter sa mère. Le traitement de l'eczéma a duré aussi longtemps qu'il a fallu à cette patiente pour le comprendre et se détacher de sa mère en tout sécurité, sans culpabilité. Pour cela, il a fallu, via un travail de psychothérapie de courte durée, qu'elle créée sa frontière symbolique, son espace symbolique à elle. La peau est le support symbolique de cette frontière.
Exemple : une homme reproche à sa mère d'être " toxique" mais n'arrive pas à s'en détacher par peur de la perdre. Il a fallu des années pour que cet homme arrive à se détacher de cette relation. L'eczéma a duré aussi longtemps, d'autant qu'il refusait de le traiter. c'était son choix.
Les articles qui parlent de la symbolique de l'eczéma, du décodage biologique de l'eczéma, de l'assimilation de l'eczéma à un deuil pointent tous en fait le rôle fondamental de la peau en tant que frontière entre l'intérieur et l'extérieur. Cette frontière appartient bien sûr à une culture, un langage, une histoire, une interprétation du monde.
Par exemple, les 12 travaux d'Hercule, imposés par son oncle après le massacre de sa famille sous l'emprise de l'alcool, commencent et se terminent par la peau. Hercule doit commencer son parcours initiatique par la peau du Lion de Némée, il le termine dans le feu d'un poison déposé sur sa peau.
Dans le champ du symbolique et du spirituel, il n'y a donc aucune autre réponse que celles que donnera le patient. Entendre et accueillir comment le patient interprète sa maladie fait partie de la prise en charge globale.
Q1 : L’eczéma est-il une maladie psychosomatique ?
Non. L’eczéma atopique est la conséquence d’une peau atopique, il n’est donc pas psychosomatique. Cependant, le stress et les émotions sont des facteurs déclenchants de l’eczéma très puissants.
Q2 : Quelle est la signification symbolique ou spirituelle de l’eczéma ?
La peau est incontestablement un organe très symbolique. D’autant plus quand elle est de type atopique, car toutes les émotions vont déclencher de l’eczéma atopique. Ceci alimente des
interprétations personnelles, culturelles, qu’il convient de respecter dans la prise en charge holistique.
Q3 : Le stress peut-il déclencher de l’eczéma ?
Le stress n’est pas la cause de l’eczéma, mais il peut déclencher ou aggraver une poussée. La relaxation, l’éducation thérapeutique et les conseils pratiques peuvent aider à mieux gérer.
Q4 : Qu’est-ce que l’eczéma émotionnel ?
On parle parfois d’« eczéma émotionnel » pour désigner l’impact du stress ou des émotions. En réalité, l’eczéma est une maladie chronique de la peau, avec des répercussions psychologiques
importantes.